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Et si le Docteur Mukwege refusait le Prix Nobel de la Paix ?

Et si le Docteur Mukwege refusait le Prix Nobel de la Paix ?

 Le nom du Docteur Mukwege circule parmi les potentiels « nobélisables » cette année. En sus de nombreuses récompenses et décorations obtenues depuis quelques années, le Docteur Mukwege a obtenu le Prix Right Livelihood  le 26 septembre dernier. Ce prix est qualifié de « Nobel alternatif »par ses organisateurs[1]. Une pétition en ligne réclamant le Prix Nobel pour le gynécologue congolais a recueilli à l’heure où  nous écrivons ces lignes 7885 signatures alors que l’objectif poursuivi est de 10000 signatures. Sera-t-il atteint avant la proclamation du lauréat ? Le suspense reste de mise.[2] Le Docteur Mukwege force l’estime et pour beaucoup, il mériterait la reconnaissance du jury d’Oslo.

 

 

Le Prix Nobel jouit d’une aura mondiale. Il est censé couronner des actes de noblesse et de bravoure. Il attirerait les projecteurs sur le travail de ce médecin qui a été récemment raconté dans un livre co-écrit avec C Braeckman[3]. Mais vaut-il réellement la peine dans les circonstances actuelles ?

1.   Alfred Nobel…

 

La fiche Wikipedia d’Alfred Nobel donne un certain nombre de détails intéressants sur sa vie[4].

Alfred Bernhard Nobel, né le 21 octobre 1833 à Stockholm (Suède) et mort le 10 décembre 1896 à San Remo (Italie), est un chimiste, industriel et fabricant d'armes suédois. Inventeur de la dynamite, il possédait l'entreprise d'armement Bofors. (…)

À l'âge de 9 ans, il déménage avec sa famille pour Saint-Pétersbourg où son père, qui plus tard inventera le contreplaqué moderne, monte une entreprise de mines marines. À l'âge de 18 ans, Alfred part aux États-Unis, où il étudie la chimie pendant quatre ans et travaille pendant une courte période avec John Ericsson. En 1859, la direction de l'entreprise paternelle est laissée à son frère Ludvig Nobel (1831-1888), qui plus tard fonda, en Russie, la Machine-Building Factory Ludvig Nobel et Branobel, devenant l'un des hommes les plus riches et les plus puissants de Russie.(…)

 


 

Il s'attèle donc à rendre l'usage de la nitroglycérine moins dangereux, et est le premier à réussir à maîtriser sa puissance explosive. Nobel découvre accidentellement que, lorsque la nitroglycérine est mélangée à un solide inerte et absorbant appelé Kieselguhr (terre diatomacée), elle devient beaucoup plus sûre à transporter et à manipuler, l'explosion nécessitant l'usage d'un détonateur. Il fait breveter cette invention le 25 novembre 1867, sous le nom de dynamite.(…)

Alfred Nobel réside à Paris à partir de 1875 et, en 1881, il acquiert l'ancien château de Sevran en Seine-et-Oise (…) En 1890, Alfred Nobel quitte la France pour s'installer dans sa villa située au bord de la Méditerranée, à San Remo en Italie.

On peut retenir de ces lignes ce qui suit :

  • Alfred Nobel fit fortune grâce à la vente des armes et des explosifs
  • Qu’il a fait ses études aux  USA
  • Qu’il a vécu en Russie, aux USA, en France avant de mourir en Italie : riche et cosmopolite en somme.
  • A la fin de sa vie, « comme pour réparer tout le mal causé à l’humanité », il a dédié sa fortune à la création de ce prix qui porte son nom.

2.   Le Comité Nobel…

 

Composé de 5 membres, le Comité Nobel est dirigé depuis 2009 par Thorbjørn Jagland , actuel Secrétaire général du Conseil de l’Europe. A en croire François Asselineau, Thorbjørn Jagland aurait en Norvège la réputation d’être un imbécile[5]. Serait-ce dû à ses origines modestes ? A en croire sa fiche Wikipedia, fils de soudeur et de cuisinière, il n’a pas de diplôme universitaire[6]

Le Comité Nobel norvégien est assisté de l'Institut Nobel norvégien, créé en 1904. Ce dernier lui fournirait au moins une centaine de demandes chaque année en février parmi lesquels le comité désigne vingt candidats. Le directeur de l'Institut Nobel travaille également comme secrétaire du Comité Nobel norvégien, poste détenu aujourd'hui par Geir Lundestad[7].

 

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Au fond, selon François Asselineau, ce dernier serait le véritable patron du Nobel de la paix. Geir Lundestad a passé plusieurs années aux États-Unis en tant que Research fellow à l'Université Harvard entre 1978 et 1979 et 1983, puis au Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington en 1988 et 1989[8]. Comme le hasard fait bien les choses, la proximité entre le Comité Nobel et les USA se matérialise aussi par le fait que le bâtiment qui abrite l’Ambassade des USA est situé à quelques mètres du siège de l’Institut Nobel à Oslo (voir Google maps).

 

3.   Ceux qui ont obtenu le prix Nobel ces dernières années…

 

En parcourant la liste des Prix Nobel de la paix de ces dernières années, il est difficile de ne pas se poser un certain nombre de questions sur les critères du Comité Nobel, lesquelles question pourraient trouver un début de réponse dans le fait que le Nobel est très lié aux intérêts étatsuniens et ce depuis sa création.

  • Union européenne (2012) : bien entendu on laissera aux Européens le soin de juger si cette institution très démocratique est digne des valeurs supposées incarnées par le Prix Nobel de la paix.
  • Ellen Johnson Sirleaf (2011) : Présidente du Libéria, Mme Siirleaf a fait ses études aux Etats-Unis (Madison Business College, Université du Colorado et Harvard), elle a été un des soutiens de Charles Taylor, agent probable de la CIA et Seigneur de guerre au Libéria. Elle a également été à la tête de PNUD/Afrique. Sa Gouvernance est controversée suite à des accusations de népotisme[9].
  • Liu Xiaobo (2010) : le dissident chinois a été primé « Pour sa lutte de longue durée et sans violence, en faveur des droits de l'homme en République populaire de Chine ». Il est fort probable que celui-ci soit à la solde du gouvernement étatsunien. Il aurait déclaré à des codétenus : « Je ne suis pas comme vous, je ne manque pas d'argent. Les étrangers me paient chaque année, même quand je suis en prison ». [10] Il a à plusieurs reprises fait l’éloge de la colonisation. Pour Liu Xiaobo, s'il a fallu 100 ans de colonisation à Hong Kong pour être ce qu'elle est, alors il faut 300 ans de colonisation à la Chine pour devenir comme Hong Kong. C'était son avis en 1988, ça l'est toujours en 2007. Liu attribue le progrès de la Chine à l’occidentalisation, déclarant que plus il y a de sphères de la société chinoise qui sont occidentalisées, plus il y a de progrès[11]. Le dissident a déclaré que la différence entre la civilisation occidentale et la civilisation chinoise est la même que celle entre un être humain et un non-humain et que vivre c’est s’occidentaliser. C’est ce qui a fait dire au philosophe communiste italien Domenico Losurdo que Liu Xiaobo était un nostalgique de la colonisation.
  • Barack Obama (2009) : de ce merveilleux joueur de basket-ball on retiendra simplement son joli sourire qui plaide largement en sa faveur mieux que quiconque, atout que la Nature n’avait malheureusement pas octroyé à son prédécesseur. Il dirige actuellement un pays pour qui le respect des droits de l’Homme est un devoir absolu. N’a-t-il pas déclaré lors de l’exécution de Ben Laden que Justice avait été faite ?

 

En définitive, le Prix Nobel est le meilleur symbole de l’hypocrisie et du cynisme de l’Occident. L’argent gagné dans l’industrie de l’armement, qui par définition ne prospère qu’avec la guerre, est recyclé dans la promotion de la paix. Les mêmes gouvernements qui soutiennent et entretiennent le chaos à l’Est du Congo honorent à coup de prix et de récompense ce congolais qui se bat comme il peut pour « réparer » (sic) les victimes de leur folie. D’un côté on arme, de l’autre on aide, on fait de l’humanitaire et on s’en sort blanchi, ni vu ni connu. Si Alfred Nobel était encore vivant, il aurait été l’un des fournisseurs des pseudo-rébellions entretenues à l’Est par le Rwanda et l’Ouganda, sous-traitants de la Communauté internationale (des affaires et de la finance). Ces compagnies qui sèment la mort paient leurs impôts en France, Belgique, Canada, Etats-Unis et participent à la vie démocratique en occident en soutenant partis politiques et candidats. Ils sont aussi les gentils donateurs des différentes ONG qui fleurissent dans les zones de guerre en Afrique, permettant à l’Occidental moyen de garder bonne conscience en regardant à la télé Bernard Kouchner transporter les sacs de riz pour les faméliques enfants somaliens.

Pour moi, ce prix, aussi Nobel soit-il, n’est qu’une friandise mise dans la bouche de l’enfant par le pédophile après l’avoir violé  pour le faire taire. C’est le gâteau que l’on donne à l’enfant quand on en a marre de l’entendre pleurer. Voilà pourquoi au nom de toutes les victimes de la pieuvre financière internationale, j’espère que le Dr Mukwege refusera de recevoir un quelconque Prix, Nobel fût-il.

La reconnaissance des femmes  (et des hommes) qu’il « répare » vaut bien tous les Prix du monde.

En aura-t-il le courage et surtout les moyens ? La question reste posée.

Magloire Mpembi

Ecrivain

 

[5] Conférence de François Asselineau aux membres de son parti visible sur Youtube : //www.youtube.com/watch?v=1lNQ48e0FVc



03/10/2013
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